Des fidèles chrétiens prient devant le Washington Monument à la veille d'une journée de "prière nationale" à Washington le 16 mai 2026. ( AFP / Matthew Hatcher )
Des milliers de personnes sont rassemblées à Washington dimanche pour une "prière nationale" à laquelle participent plusieurs hauts responsables de l'administration Trump, perçue par certains comme une vitrine quasi officielle pour le nationalisme chrétien.
Ce courant bénéficie d'une plateforme importante depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, via les discours du ministre de la Défense Pete Hegseth, membre d'une église évangélique ultraconservatrice, ou des événements religieux au sein de la Maison Blanche.
Sur la pelouse du National Mall, à deux pas des centres de pouvoir de la capitale américaine, le public a pris place devant une scène imitant le choeur d'une église aux vitraux représentant la fondation des Etats-Unis, dont on célèbre les 250 ans, pour écouter une alternance de prêches, de discours et de chants patriotiques et religieux.
Un pasteur de Virginie, Gary Hamrick, a notamment lancé que les Etats-Unis étaient "en pleine guerre spirituelle". "C'est une bataille pour l'âme même de l'Amérique", a-t-il martelé.
Dans une vidéo, Pete Hegseth a retracé un épisode de la guerre d'Indépendance américaine contre les Britanniques, appelant à "prier sans cesse" pour les Etats-Unis à l'image du Père fondateur George Washington.
La conseillère spirituelle de Donald Trump (au centre) Paula White (en jaune) lors du jour de "prière nationale" à la Maison Blanche, à Washington, le 1er mai 2025 ( AFP / Jim WATSON )
Paula White, à la tête du "Bureau de la foi" de la Maison Blanche et conseillère spirituelle de Donald Trump, a vanté le "renouveau spirituel" ayant abouti, selon elle, à l'abolition de l'esclavage. "La liberté n'est jamais soutenue par le pouvoir seul ; elle est soutenue par la foi, la vertu, le courage et l'humilité devant Dieu", a-t-elle lancé.
Le président américain, qui a souhaité sur sa plateforme Truth Social que les participants passent un "bon moment", devait également s'exprimer en vidéo, comme le secrétaire d'État Marco Rubio.
- "Christianisme blanc" -
S'il "n'est pas rare de voir un groupe de pasteurs évangéliques se réunir et associer christianisme et nationalisme", il est "très inhabituel" que des membres de l'administration y participent, relève Sam Perry, professeur spécialisé dans la rhétorique à l'université Baylor (Texas).
L'administration Trump fait la promotion d'"une identité américaine ancrée dans le christianisme blanc" ou dans des racines "européennes", constate-t-il.
Le ministre de la Défense américain, Pete Hegseth, le 12 mai 2026 à Washington ( AFP / Jim WATSON )
Mais ni la Déclaration d'indépendance, ni la Constitution ne mentionnent "la religion, Dieu, ou Jésus", précise Julie Ingersoll, professeure d'études religieuses à l'Université de Floride du Nord.
Pour elle, l'événement envoie le message que le christianisme est l'apanage des "Américains traditionnels", face aux autres religions ou personnes athées "mises à l'écart".
En réalité, estime Sam Perry, "il s'agit moins de la renaissance d'une certaine forme de christianisme que de la promotion d'un mouvement politique utilisant la religion pour justifier certaines positions", notamment anti-immigration.
- "Nationalisme chrétien" -
"Les détracteurs qui ont inventé ce nouveau terme de +nationalisme chrétien+, péjoratif et dénigrant, essaient de réduire au silence l'influence et les voix des chrétiens", a répondu le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, sur la chaîne Fox News dimanche matin.
Il figure parmi les invités, aux côtés de l'ex-archevêque de New York Timothy Dolan, aux idées conservatrices, de Robert Jeffress, pasteur baptiste du Texas et proche du président Trump, ou encore de Samuel Rodriguez, pasteur évangélique ayant lu une prière lors de sa première investiture en 2017.
Tous sont chrétiens, le plus souvent protestants évangéliques, à l'exception du rabbin orthodoxe Meir Soloveichik.
Dans le public ont pris place plusieurs milliers de personnes - la plupart âgées, quelques enfants et adolescents, blancs, afro-américains comme asiatiques - portant des pancartes "Love Jesus" et "God Bless America", des éventails aux couleurs du drapeau américain, mais aussi des casquettes "Make America Great Again" ("Rendre sa grandeur à l'Amérique"), le slogan de Donald Trump.
"Nous sommes ravis d'être ici pour ce moment historique", où le président américain va "reconsacrer ce pays à Dieu, dont nous croyons fermement qu'il est à l'origine même de notre nation", a témoigné William Lodge, venu du Michigan.
"Dieu aime ce pays, et je prie pour que les gens reviennent vers Jésus. Il est la seule réponse, pas seulement pour les Etats-Unis mais pour le monde", a ajouté Sarah Tyson, quinquagénaire venue de New York avec des amis de son église.

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